Singapour, jeudi 11 octobre 2012 (J+425)

Publié le par journaldebordmadeinsingapour

Depuis lundi la Cité-Etat est secouée par une nouvelle polémique. Je résume sommairement mais amy-cheong.pngvous invite à visiter le très bon blog de Bernard qui relate le point (voir aussi les commentaires très intéressants) : http://singapour.blog.lemonde.fr/

Amy Cheong est sous directrice à la fédération des NTUC, le syndicat unique à Singapour, qui possède entre autres la plus grosse chaine de supermarchés et les compagnies de taxis de l’ile. Amy Cheong vit en HDB c’est-à-dire dans un habitat dense, mal insonorisé, ou la mixité raciale est de rigueur et savamment dosée. Sauf que samedi soir il y a un mariage malais au rez de chaussée de l’immeuble d’Amy Cheong, et que ça fait beaucoup beaucoup de bruit. Amy Cheong pète les plombs, sauf que comme elle est chinoise et qu’elle ne perd pas la face en public, elle se lâche sur son statut facebook. Pas de monstruosité raciste ni d’appel au djihad mais un certain ras le bol vulgaire de ses voisins malais.

Et là en 48h Amy Cheong, à cause de ce statut Facebook – perso, je précise- va voir sa vie s’effondrer et le pays se liguer contre elle. Rien que ça et je n’exagère pas du tout.

En quelques heures des pétitions circulent contre elle sur Facebook et dans les réseaux sociaux, le lendemain un inconnu porte plainte contre elle pour racisme, et à midi elle est virée de son job. La décision est approuvée par le Premier Ministre en personne en voyage à l’étranger. Et saluée unanimement par la presse depuis 5 jours. Plié. Amy Cheong ta vie vient d’être pulvérisée, tu peux changer de pays.  

Tout ça pour vous dire quoi ?

Que le sujet du racisme est bien un sujet clé du débat social du moment à Singapour, révélateur de puissantes tensions, voire de lignes de fractures dans la communauté nationale. Mais que surtout on sauve la face et les apparences au nom de « l’unité nationale et de la cohésion raciale » (mots clés dans le texte).

Et aussi que la liberté d’expression ça vaut son pesant d’or. Que si je peux écrire « f... Lee Kuan - bip » dans cette newsletter, je ne pourrai donc pas le mettre sur mon blog sans courir un risque (et je le prends quand meme, mais monsieur LKY, euh LK bip, ce n'est qu'un exemple parmi d'autres, j'aurais pu dire n'importe qui d'autre !!!). Alors qu’en France on peut parler « du bruit et de l’odeur » et garder son job de Président de la République. Amy Cheong, elle, ne parlait que du bruit samedi dernier.

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